|
On pourrait traduire
littéralement le nom du groupe par "sauce au jus (de viande) de bouledogue", et
pourtant... c'est un bel hommage à la musique, au Blues depuis le Delta Blues,
à la country music parfois trad, au rock aussi (en évitant savamment tous les
clichés du genre) que ces six musiciens rendent là sur leur premier (et sûrement
pas le dernier) CD Big Bad Blues. Lorsque
nous avons fait connaissance, je savais qu'il s'agissait d'une formation atypique,
mais j'étais loin de me douter de la grandeur du résultat. C'est dans le
respect des grands qui ont fait cette musique noire, qu'ils viennent poser leurs
délicates griffes personnelles. C'est avec la finesse, la sagesse et le talent
de chacun que la magie s'installe sur les morceaux de l'album. Des compos mais
aussi des reprises, toutes portant l'empreinte du groupe basé dans le Sud Est
de la France non loin d'Avignon dans le Vaucluse. Pour les reprises, le thème
est là mais tout y est remis en forme. Fervent défenseur de mon blues agricole
du Sud Ouest de la France, bien loin des douze mesures, j'avoue que lorsque Bulldog
Gravy met la sauce, je préfère me taire et écouter. Première bouffe (sans
mauvais jeu de mots…) pour moi lorsque j'entends sur ma platine le 1er morceau
Big Bad Blues (paroles et musique de Mike Greene). Une intro un peu Honky
Tonk avec une cloche, une grosse caisse et une caisse claire, puis un riff de
guitare annonçant la voix lead du Franco-Américain du groupe : Mike. En
prenant le livret, je découvre les ingrédients de cette recette magique. Jérôme
Lavail le batteur n'a pas une batterie mais une suitcase drums. Je vous traduis
: une suite de valises en cartons en série agrémentée de boites à chapeaux avec
une douille d'obus en guise de cloche et pour cymbales des poêles à frire entre
autres. Jérôme est, pour la petite histoire, un ancien batteur de Métal. Jean-Louis
Brazzi le percussionniste extrait des sons géniaux des percus faites de tôles
et de ferrailles et d'un carter de moteur d'automobile. Farid Khenfouf
(qui bosse régulièrement avec Albert Marcoeur) pose calmement, mais efficacement,
sa contrebasse sur les sons devenus slideux et gras à souhait de Philippe Sangara
tirés d'une guitare d'Allemagne de l'Est. Des sons qui viennent croiser les phrasés
tellement blues encore de David Giancola à l'harmonica. Faut dire que Philippe
et David étaient déjà complices avec le groupe Bluesville.
Le travail de ce groupe est si soigné que l'album sent bon le Blues. C'est à croire
que chacun des membres possède une âme blues et la met dans sa partie musicale
pour finir par donner un ensemble de 13 titres que renferme la galette avec une
seule et même âme. C'est "peut-être" le secret de la beauté de l'œuvre BullDog
Gravy Post Industrial Junkyard Country Blues signée Mike Greene (chant,
guitare acoustique, mandoline, bols tibétains et kazoo), Philippe Sangara
(guitare électrique, dobro et slide), Jérôme Lavail (batterie suitcase),
Farid Khenfouf (contrebasse), Jean Louis Brazzi (contrebassine et
junkyard percussions), David Giancola (Harmonica) et… Jérôme Mingo
qui gère d'une main de maître "le Son Bulldog Gravy", tant en studio d'enregistrement
qu'à la scène, pour notre bonheur et celui du groupe. Ne
comptez pas sur moi pour vous décrire tous les titres de l'album car je pense
très sincèrement que le mieux est réellement d'écouter ce CD et surtout d'aller
les voir sur scène !! Avant
de terminer, les quelques reprises ont gardé le titre mais l'esprit est devenu
celui du groupe. Et si les amateurs de Mister Robert Zimmermann (alias Bob
Dylan), ceux de Muddy Waters (Mc Kinley Morganfield), de John
Estes, de Willie Dixon trouvaient une quelconque offense envers leurs
idoles, ce serait à mon goût de la mauvaise foi. (Personnellement d'ailleurs je
préfère la version Bulldog Gravy de Rolling and Tumbling à celle d'Eric
Clapton sur son CD "unplugged"). J'ajouterai d'ailleurs que pour ce qui est
des reprises, avec Bulldog Gravy rien ne se crée, rien ne se perd et tout
se transforme… avec respect et talent et une telle humilité quand on sait qu'ils
viennent de gagner 2 prix au tremplin Blues sur Seine dans la catégorie
"Electro-Acoustique" et le prix spécial "Cognac Blues Passions". Pour
connaître les dates de leurs concerts ou acheter leur CD, vous pouvez consulter
nos pages "Sortie
CD" et "Concerts"
ou vous rendre sur leur site en passant par notre page de "Liens".
A noter
que le band Bulldog Gravy Post Industrial Junkyard Country Blues sera présent
au Festival de Cognac, celui de Cahors, de Nantes, de Luxembourg
et… de Montréal
(Québec) cet été. ©
Jean Luc Marijon, D'une
Note A l'Autre, pour Manytoo Blues 06/02/05 |